Netev#1 – Grand-Fort-Philippe – 30/04/2017 : Les terres du Nord

Bonsoir à tous et à toutes.

Premier nettoyage événementiel de l’année 2017 et le ramassage le plus septentrional pour nous : le ramassage des déchets sauvages de Grand-Fort-Philippe.

IMG_2119-minLe bourg de Groot-Filipsfort, dans le département du Nord, dans les Hauts-de-France, est une commune située au bord de l’Aa. Elle fut un lieu de départ des « Islandais », ces pêcheurs de morue qui ont travaillé dans des conditions dantesques et dangereuses entre 1850 et 1935. D’ailleurs, un monument calvaire rend hommage à ces hommes, poussés par la misère et dont la destinée d’une grande partie fut tragique, que certains bénévoles ont pu voir pour accéder à une partie de la plage.

Un dimanche avec une météo clémente, des nuages emplissent le ciel, comme des moutons de coton. Le fond de l’air est frais, avec ce vent tournoyant qui nous fouette le visage, mais cela va s’améliorer au fur et à mesure de la journée.

Grand-Fort-Philippe se réveille doucement en ce dimanche de fin d’avril. Mais la calme et la quiétude vont se retrouver chamboulées avec l’arrivée des bénévoles. Des voitures, immatriculées des deux départements qui composaient l’ancienne région du Nord-Pas-de-Calais et de Belgique, parcourent l’avenue de la Mer et le boulevard Marchal. Des motos vrombissent – nos amis les motards sont revenus pour nous aider. Des gens en noir et aux symboles pirates mettent en place leur tente, ce sont les Sea Shepherd de la structure Lilloise. D’autres ont des gilets rouges, installant la reproduction d’une laisse de mer avec des déchets incorporés, pour montrer la pollution qui peut se retrouver sur nos plages. Des chasseurs sont venus aussi, pour faire la zone du marais salant, qu’ils connaissent plus que nous, notammeCapture Cartent avec les risques des trous d’eau. Des personnes du Centre Socio-Culturel et de la mairie mettent en place la sono, la tente et les tables. Tout le monde est au point de ralliement et aide à la préparation.

Boulogne, Calais, Dunkerque, Lille… Le 6-2 et le 5-9 sont dans la place. Avec nos camarades de Belgique. Nous expliquons aux personnes déjà présentes, les lieux de nettoyage programmés, déterminés à partir d’un repérage qui avait été effectué deux semaines auparavant. Du fait de la marée montante, les enrochements, l’embouchure de l’Aa et le bas de la digue seront privilégiés le matin car inaccessibles par la suite. Des personnes, des structures qui organisent le nettoyage (Centre Socio-Culturel, Sea Shepherd Lille et Nature Libre, reconnaissables par des brassards orange ou des gilets rouges, aideront les bénévoles sur place – après qu’ils aient été cherché le matériel au point de ralliement.

9h40 : le moment des discours. Chaque organisation prend la parole pour expliquer les enjeux de la journée – les zones traitées, la seconde édition de l’événement qui a lieu, les remerciements pour l’aide à la réalisation de cette action… Contrairement aux discours électoraux, qui pleuvent en ce moment entre les deux tours de l’élection présidentielle en France. Tout le monde est prêt, c’est parti pour 2h30 de nettoyage avant le déjeuner « auberge espagnole ».

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Chaque personne se disperse, cherchant tout de suite les déchets au bord de plage, au début de la digue ou à l’entrée du parc. Vous voyez plein d’hommes, de femmes et d’enfants avec un sac poubelle noir qui s’abaissent pour récupérer un bout de plastique ou une bouteille, comme une pièce de théâtre à grande échelle dont la chorégraphie est à la fois rythmée et chaotique (car le rythme est désordonné). C’est magnifique, surtout sous le soleil qui pointe son nez.

IMG_2078-minDes bénévoles sont descendus dans le chenal, alors que d’autres se nichent déjà dans les enrochements. Ils ne tardent pas à ressortir des sacs pleins de déchets divers et variés : polystyrène blanc et noir, mouchoirs en papier, bouteilles d’eau, canettes, mousse isolante de polyuréthane, alcool, morceaux de carter, parties de tondeuse, filets et cordes, emballages alimentaires ou non… Les personnes en hauteur récupèrent les découvertes pour les mettre sur le chemin afin de les mettre dans la benne du tracteur plus tard. On entend des exclamations de surprise, de dégoût, d’énervement et de colère, des cris de joie de la part des enfants qui montrent ce qu’ils ont trouvé. Les questions fusent : « D’où çà vient ? », « Pourquoi les gens jettent ? », « Combien de temps est-ce que çà peut rester là ? ».

Des journalistes sont venus pour voir comment un événement de ce genre se passe. La communication sur cette action a été plus importante, ce qui se voit par l’affluence. Esméralda a fait du gros et bon travail et nous la remercions grandement pour l’aide qu’elle nous a apporté pour ce domaine nécessaire. Nous répondons aux questions nombreuses, les réponses sont loin d’être courtes car il faut expliquer que la pollution ne s’arrête pas à un endroit mais qu’elle peut différer d’une plage à l’autre, selon les activités proches de celle-ci. C’est pourquoi les déchets ramassés à Wimereux, à Tardinghen ou à Grand-Fort-Philippe ne sont pas totalement les mêmes, lorsque l’on regarde de plus près (même si le plastique est le composant le plus important sur toutes les scènes où nous intervenons).

Alors que des sternes et des mouettes voltigent au dessus de nous, les ramasseursIMG_2116-mincontinuent leur travail de fourmi. Et des déchets très particuliers ne tardent à être mis à jour : un filet avec encore des poissons dedans, une mini-moto à essence avec le casque pas très loin, des pneus servant de lest, un morceau de bateau qui ne pourra être malheureusement récupéré, des bouteilles de jus d’orange russes, un tube PVC orange de diamètre 20 cm et d’1m50 de long… Déjà çà de moins, comme risques pour les animaux, le littoral de la Côte Nord a de nombreux veaux marins et phoques dans ses eaux, dont quelques spécimens ont été observés en ce jour.

Si vite le temps file, comme un battement de cils. Pour la partie la plus exposée du littoral dunaire, il faut ramener sur la terre ferme – ou plutôt la digue – les déchets récupérés. Nous transitons filets et sacs en traversant le cours d’eau qui longe la digue. L’eau n’est pas si froide, c’est plutôt agréable si, bien sûr, nous n’y restons pas longtemps non plus. Les ramasseurs regardent ce qu’ils ont trouvé, les promeneurs font de même et certains interrogent sur la raison de tout cette joyeuse agitation. Nous donnons les explications, mais aussi ce que sont ces brise-lames ou ces réservoirs en béton qui dominent l’Est de la ville (la centrale nucléaire de Gravelines et le terminal méthanier de Dunkerque). Les plongeurs reviennent avec un filet qui leur à donner du fil à retordre, surtout avec la visibilité sous-marine presque nulle qui rendait la tâche ardue. Le poisson pris dans ce filet laissé par un particulier – long de 25 mètres – est impossible à reconnaître, mis en bouillie par les crabes qui se sont nourris dessus et par la décomposition.

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Les ventres gargouillent, notamment chez les enfants. La pause est méritée, de nombreux sacs sont présents sur la digue, deux voyages ont déjà été effectués pour récupérer les précédents. Une sorte de procession se dirige vers l’espace devant le centre socio-culturel, avec des pulls noirs, des coupe-vents de toutes les couleurs, des bonnets et des écharpes. L’appel du casse-croûte devient trop tentant. Chacun se met à table, riant, discutant, ronchonnant, racontant sa ou ses découvertes, demandant l’origine de son voisin, tout en mâchonnant des sandwichs ou des repas vegan. Il fait soif, il fait faim, les plats et les boissons passent de main en main, parfois à la vitesse de l’éclair. Le représentant de la mairie est venu pour nous féliciter et déclamer quelques mots d’encouragement, car la journée n’est pas terminée.

Les aliments digérés, c’est l’heure de se remettre en route. Concentration sur le bord de plage et le parc, un groupe d’habitués et de non habitués se dirigent vers la plage, par un passage entre les étangs du platier d’Oye. Les esprits sont de nouveau libérés, une sensation que les néo-ramasseurs ont appris et dont ils ont été agréablement surpris, nous sommes tellement pris par la découverte de déchets que nos pensées sont allégés par l’absence de la plupart des contraintes psychiques habituelles (travail, stress, désagréments…). Une petite thérapie en somme et gratuite en plus.

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Nous en avons pour deux heures encore, car il faut prendre en compte le temps du retour pour récupérer les sacs. Les explications donnés par ceux restés au point de ralliement permettent aux passants curieux de connaître les organisations et ce qu’elles font, aussi bien aujourd’hui que quotidiennement. Les informations fusent, distribués par les gilets rouges et les pulls noirs.

Pendant ce temps-là, une équipe est arrivée sur la plage. Une dizaine de personnes récupèrent des déchets divers. Bouteilles en verre, mousse, bouchons, cordes et filets, canettes, du décapant Décapex. En direction d’Oye-Plage, à une cinquantaine de mètres IMG_2152-minde l’entrée d’où nous sommes arrivés, un bib-bag (gros sac d’1 m3 utilisé pour le transport des cailloux, du matériel ou du béton pour le BTP) a été déterré, il servira de contenant pour les objets ramassés. Ajoutez du gros cordage, du grillage métallique, des ballons de baudruche, des protections en plastique et vous aurez la totalité de la collecte.

Les deux heures passent plus vite encore que ce matin, il va falloir repartir au bivouac. Il a été impossible de transporter le big bag par delà la dune, les 350 kg par une pente à 45° et la présence de plantes uniques constituent des obstacles infranchissables. Notons le lieu pour l’indiquer aux services de la mairie pour le récupérer plus tard, et mettons le à l’abri de la marée montante. Le retour se fait à la manière des nains dans Blanche- Neige, avec chaque personne munie de son sac et certains avec le grand cordage de 6 mètres de long sur l’épaule. La rencontre avec d’autres nettoyeurs est l’occasion d’enlever un filet à larges mailles enterré, ou plutôt ayant commencé à être déterré mais laissé à l’abandon – apportant plus de problèmes pour la faune.

Les derniers bénévoles ramènent leurs prises et les mettent dans la troisième benne. La collecte est encore très importante, on doit être dans les mêmes valeurs de masse que l’année dernière. La mini-moto est encore devant, mais maintenant ce sont les bénévoles qui vont être à l’affiche. Nous déménageons les tentes, celle de l’association a pris un coup après s’être retournée trois fois aujourd’hui avec les coups de vent intempestifs. Tout le monde sourit et voilà qu’ils dominent :

2 tonnes de déchets ramassés par 160 bénévoles !

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À peu de choses près, ce que nous avions récoltés l’année dernière. À première vue, nous n’aurions pas pronostiqué cette valeur, puisque la première édition avait vu des déchets qui dataient de très longtemps. Là, la pollution s’est disséminée sur de larges zones, comme le cordon dunaire et le bas de dunes, les enrochements et le dessous de la digue qui ont montré une nouvelle couche qu’ils bloquaient.

Voilà, la journée se termine. Les voitures s’en retournent vers les villes et villages du Nord de la France et de la Belgique. L’endroit reprend peu à peu son calme, avec le départ des tentes et des ramasseurs. Les coffres se remplissent des affaires, un état des lieux des vêtements est parfois nécessaire, les places se vident et laissent aux habitants leur stationnement. Au revoir, plage du Nord et bonjour souvenirs !

Nous vous remercions, au nom des organisateurs de l’événement, pour votre présence et votre soutien. La mobilisation a été plus grande cette année grâce au partage dans les différents réseaux et nous avons réussi grâce à vous ! Les nouveaux ramasseurs ont grandement apprécié l’opération et sont ravis de nous rejoindre et de participer à une JAC sur la Côte d’Opale. La première fois est toujours difficile, mais majoritairement, on revient car cela a été une super action, donc nous nous reverrons prochainement, soyez en sûr-e-s. Nous itérons l’événement l’année prochaine, en espérant vous voir de nouveau et pour ceux qui n’ont pu se déplacer, venez découvrir un coin méconnu de la région et qui est pourtant un lieu magnifique et plein d’Histoire-histoires.

Nous nous retrouvons, pour notre part, le 8 mai pour le nettoyage de la plage d’Écault, à la Warenne, de 14h30 à 16h30.

A bientôt les ami-e-s.

Écologiquement.

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